Infection de matériel ou du site opératoire

Physiopathologie

Une infection du site opératoire peut concerner la peau, les tissus profonds, l’os ou un implant. En présence de matériel ou d’une prothèse, des bactéries peuvent adhérer à sa surface et former un biofilm, rendant le traitement plus complexe.

Une infection peut apparaître rapidement après l’intervention ou plusieurs mois ou années plus tard. Une prise en charge précoce améliore les chances de contrôler l’infection et de conserver la fonction.

Les bactéries peuvent contaminer la zone au moment de l’intervention, traverser secondairement une plaie ou atteindre l’implant par le sang depuis un autre foyer infectieux (abcès dentaire, infection digestive, …).

Le risque est augmenté notamment par une cicatrisation difficile, un hématome, certaines maladies chroniques, l’immunodépression, le tabagisme ou une infection active à distance.

Symptômes et signes d’alerte

Un écoulement persistant, une fièvre associée à une cicatrice inflammatoire ou une douleur rapidement croissante justifie un avis médical urgent. Il ne faut pas débuter des antibiotiques restants sans prélèvements ni avis médical, sauf situation urgente prise en charge par un médecin.

L’examen peut mettre en évidence :

  • Rougeur, chaleur, gonflement ou écoulement de la cicatrice
  • Douleur qui augmente ou réapparaît après une période d’amélioration
  • Désunion de la plaie, fistule ou écoulement persistant
  • Fièvre, frissons ou altération de l’état général
  • Raideur ou perte de fonction d’une articulation porteuse de prothèse

Il faut noter que dans le cadre postopératoire, il existe des infections avec peu de symptômes cliniques, et inversement des tableaux cliniques équivoques mais sans infection. Il s’agira donc d’évaluer les différentes options de traitement en fonction de leurs bénéfices et risques, ainsi que les chances de réussite.

Bilan

Examens d’imagerie :

  • Radiographies: permettent de mettre en évidence des foyers de lyse osseuse, des signes de descellement, une non consolidation d’une fracture.
  • Scanner, échographie: permettent de préciser les éléments évalués sur radiographie, ainsi que de recherche une collection de liquide au niveau du site opératoire.

Examens biologiques :

Le bilan associe différentes analyses sanguines, notamment une NFS et CRP. Parfois il peut être nécessaire de suivre l’évolution sur plusieurs jours. Des hémocultures sont réalisées en cas de fièvre.

Une ponction articulaire ou profonde permet l’analyse du liquide et des cultures. Plusieurs prélèvements tissulaires sont souvent effectués pendant une intervention.

En revanche il est rarement recommandé de faire un prélèvement de l’écoulement d’une cicatrice au niveau cutané. En effet il existe de nombreuses bactéries au niveau cutané, qui vont contaminer ce type de prélèvement et n’orienteront pas la prise en charge.

Aucun test isolé ne suffit toujours : le diagnostic repose sur un ensemble d’arguments.

Traitement médical

Les antibiotiques sont choisis en fonction des prélèvements, de la bactérie, du matériel présent et du terrain. Ils sont fréquemment administrés pendant plusieurs semaines sous surveillance clinique et biologique.

Le traitement antibiotique seul est réservé à certaines situations précises ; il ne permet pas toujours d’éradiquer une infection sur implant en raison du biofilm.

Traitement chirurgical

Selon la précocité, la stabilité du matériel et la bactérie, le traitement peut comporter lavage et débridement avec conservation de l’implant, changement des pièces mobiles d’une prothèse, retrait ou remplacement du matériel en un ou plusieurs temps.

La stratégie est individualisée et associe chirurgien, infectiologue, microbiologiste et parfois chirurgien plasticien.

Évolution

L’évolution d’une infection du site opératoire dépend de sa profondeur, du germe responsable, du délai de prise en charge et de la présence éventuelle de matériel chirurgical.

Après le traitement, une surveillance régulière est nécessaire afin de s’assurer de la disparition complète de l’infection et de dépister précocement une récidive.

Le suivi repose sur l’évolution de la cicatrice et des symptômes (douleur, rougeur, écoulement, fièvre), ainsi que, selon les situations, sur des prises de sang et des examens d’imagerie.

En présence d’une prothèse ou de matériel d’ostéosynthèse, le suivi peut être prolongé. Une réapparition d’un écoulement, une désunion de la cicatrice, une augmentation des douleurs ou une fièvre doivent conduire à reprendre rapidement contact avec l’équipe chirurgicale.